Rien ne s’oppose à la nuit – de Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit – de Delphine de Vigan

Rien ne s'oppose à la nuit

Éditeur : JC Lattès (2011)


Rien ne s’oppose à la nuit – L’histoire :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance.
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »


L’avant lecture :

En feuilletant le dernier numéro du magazine Lire, j’ai trouvé une longue interview de Delphine de Vigan.
Delphine de Vigan, dont j’entends si souvent parler, mais que je n’avais encore jamais lue.
J’ai donc demandé conseil sur Instagram. La réponse fut unanime : « Il faut que tu lises Rien ne s’oppose à la nuit ! » Alors, aussitôt dit, aussitôt fait !

Au final :

On m’avait prévenue : « C’est pas gai-gai, mais tu verras, c’est beau. »
En effet, c’est beau. Mais ça serre parfois le cœur. 

L’écriture est belle. J’aime le style.
J’aime la longueur des phrases, qui parfois n’en finissent pas (Ah bah oui, mais des fois, quand tu as des choses à dire, faut que ça sorte !).

J’ai aimé les moments où l’auteur nous raconte comment elle vit cette écriture, cette recherche, ces « fouilles » dans la vie de sa mère et de sa famille.
On peut penser que c’est un peu sombre, mais en réalité, je crois que c’est juste du « sans fard ».

Ce que j’ai aimé dans Rien ne s’oppose à la nuit :

Les ambiances entre les trois parties du livre sont réellement différentes. Certains passages de l’enfance sont très doux et laissent, malgré le reste, quelque chose d’agréable.
Mes moment préférés restent, sans aucun doute, ceux où l’auteur nous parle, nous raconte l’histoire de son point de vue à elle.

J’ai beaucoup aimé certains passages, parfois tellement vivants et tellement forts qu’ils m’ont fait un vrai pincement au cœur (oui, encore le cœur, mais c’est vraiment là que ce livre nous touche) :

Grand-mère s’est suicidée, oui, foutue en l’air, elle avait baissé le rideau, déclaré forfait, lâché l’affaire, elle avait dit stop, basta, terminado, et elle avait de bonnes raisons d’en arriver là.

(…)

Et puis j’ai appris à penser à Lucile sans que mon souffle en soit coupé : sa manière de marcher, le haut du corps penché en avant, son sac tenu en bandoulière et plaqué sur la hanche, sa manière de tenir sa cigarette, écrasée entre ses doigts, de foncer tête baissée dans le wagon du métro, le tremblement de ses mains, la précision de son vocabulaire, son rire bref, qui semblait l’étonner elle-même, les variations de sa voix sous l’emprise d’une émotion dont son visage ne portait parfois aucune trace.

Ce passage, en revanche, m’a beaucoup amusée :

À la naissance du bébé, afin de répondre aux mauvaises langues qui prétendaient qu’ils faisaient des enfants à tire-larigot pour toucher les allocations familiales, Georges avait, en guise de faire-part, reproduit une carte de réduction SNCF sur laquelle il avait écrit : « Les Poirier ont la joie de vous annoncer qu’ils bénéficient, enfin, des 75 % ! » En outre, comme il n’avait pas de photo de Justine sous la main, il avait utilisé celle de Milo bébé. Entre les deux, on n’y avait vu que du feu.

 

Est-ce que je recommanderais ce livre :

Oui, vraiment.
C’est un livre poignant, qui dépeint parfaitement les histoires de famille, avec des « personnages » marquants, complexes, pleins de fragilité, des drames et des secrets que l’on garde bien cachés. Des secrets, que certains enterreront avec plus de facilité que d’autres… mais surtout, ce que ce livre me laisse, une fois refermé, c’est l’immense amour qui les unit.

Lire un extrait (cliquez sur la couverture)

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