Marion et le portrait

Marion et le portrait

Jack Skellington

 

Bonjour à vous !

31 octobre oblige, voici un petit texte d’Halloween. En espérant qu’il vous fasse frissonner 😉

Grosses bises aux plumes qui passeront par ici (et laissez ces bonbons aux enfants, hein !).

 

Vraiment, y a des journées, comme ça, où tout se passe mal.

6 heures, réveil.

Les matins d’hiver, j’ai toujours un mal fou à m’extirper de mon lit bien chaud. Surtout depuis que j’ai emménagé dans cette vieille bicoque pleine de courants d’air et dont les murs craquent sans raison en plein milieu de la nuit, me réveillant en sursaut.

Je me lève, frissonnante, le cerveau embrumé, et me dirige au radar jusqu’à la cuisine, pour me faire mon bol de thé habituel. Mais au moment d’attraper un sachet dans la boîte : panne sèche. Ça commence bien…

Je tends le bras au-dessus de ma tête pour farfouiller dans l’unique placard. Comme il est accroché trop haut, je ne peux jamais voir ce qu’il y a dedans.

— Mamie !! Tu l’as mis où, le thé que j’aime pas ?

— Bah, je l’ai jeté ! me crie-t-elle depuis son fauteuil. Tu n’en bois jamais, et il allait finir par être aussi vieux que moi !

Dépitée, je m’adosse contre le vieux frigo cabossé qui bourdonne doucement, et lâche un long soupir qui se répercute contre les murs carrelés.

— Pourquoi ? Tu en voulais ?

Je ne réponds pas. Vu mon humeur, je crois que ça vaut mieux.

Mammouth, mon gros chat tigré, entre alors en ronronnant et se frotte contre ma jambe. Lui, au moins, il m’aime ! Oui, enfin, si on veut, parce qu’à l’instant où je me baisse pour le caresser, il s’éloigne, marche jusqu’à l’évier et entreprend un défilé haute couture devant sa gamelle. OK, j’ai compris…

J’attrape une boîte dans le frigidaire et vide le restant de pâtée dans son écuelle.

— Ingrat, va !

Il m’ignore, avec superbe, et se jette sans attendre sur son festin.

Bon, puisque je ne peux pas déjeuner, je vais me laver. Seule consolation : aujourd’hui, c’est Maddie qui passe me prendre en voiture. Au moins, je n’aurai pas à me frotter à tous les Parisiens libidineux qui s’agglutinent dans le métro aux heures de pointe.

J’entre dans la salle de bains et allume la lumière. Ah !! Mais c’est que j’ai l’air fraîche, ce matin ! Le cheveu plat et l’œil cerné, je rayonne, on peut le dire ! Je me détourne avec dédain de mon reflet, roule mon pyjama en boule et le jette sur le panier à linge. Puis, sautillant d’un pied sur l’autre pour esquiver le contact des carreaux froids contre mes orteils, j’entre dans la douche.

Je reste plusieurs minutes sans bouger sous le jet brûlant, laissant l’eau chaude détendre mes muscles douloureux. Je ferme ensuite le robinet, prends une bonne dose de shampoing et commence le nettoyage en règle. Je frotte, je masse, et récure avec soin. Mais au moment où je tends la main vers le robinet pour procéder au rinçage, la lumière s’éteint brusquement.

Excédée, je me mets à beugler :

— Non mais, c’est une blague, là ?!

Les mains pleines de mousse, je tâtonne à la recherche de ma serviette. Je m’enroule dedans, façon rouleau de printemps, et je pose un pied prudent sur le tapis de bain. Après avoir soigneusement séché mes mains – s’agirait pas de faire une sortie façon Cloclo –, j’actionne l’interrupteur. Clic. Clic. Saloperie !

J’entrouvre la porte et crie :

— Maaaaamie !! Tu peux m’aider steplé ? Y a l’ampoule qui a grillé !

— J’arrive, ma chérie !

Après quelques instants, j’entends son pas traînant remonter le couloir. Shhhh Shhhh. Shhhh Shhhh. Je crois qu’elle devrait sérieusement penser à investir dans des patins. Vu qu’elle ne lève plus les pieds, elle ferait d’une pierre deux coups, et tout déplacement serait ainsi optimisé.

Elle ouvre la porte et entre, un vieux porte bougie à la main. À la seule lueur tremblotante de la chandelle, son visage ridé semble presque irréel.

— Mamie… sérieusement ? Une bougie ?

— Je n’ai plus d’ampoule. J’étais sûre d’en avoir racheté, et puis… en fait, non.

Devant son petit air contrit, je ne peux m’empêcher de sourire.

— Allez, t’inquiète ! C’est pas grave. De toute façon, la douche façon Moyen-Âge, j’ai toujours adoré.

Je m’approche pour déposer un baiser mousseux sur sa joue toute douce et elle me repousse en riant.

— Arrête, Mayo, tu vas me fiche du savon partout !

Et elle sort, le sourire aux lèvres, en refermant la porte derrière elle.

Je m’avance vers le lavabo et tente, tant bien que mal, de trouver un espace libre sur le meuble encombré des diverses poudres et crèmes de Mamie. Les produits de beauté sont la passion de ma grand-mère, la seule petite « folie » qu’elle s’autorise encore.

Je pose la bougie sur un coin du meuble, mais malgré mes précautions, le peigne en argent ciselé posé trop près du bord dégringole et heurte le sol dans un tintement métallique. Je me baisse, le ramasse, et je m’apprête à me relever lorsque je sens un souffle glacial remonter le long de mon dos, pour s’arrêter sur ma nuque. Une puissante odeur de cigare froid emplit alors mes narines, me retournant l’estomac.

Je me fige, terrifiée.

Je n’ai pas rêvé, j’en suis sûre. J’en suis même certaine. J’en veux pour preuve : le souffle qui m’a parcouru l’échine a soulevé, au passage, un peu de la mousse amassée sur mes cheveux, dont quelques flocons se sont envolés, pour venir retomber paresseusement devant mon visage.

Mon cœur s’emballe. Le sang bat à mes oreilles, tellement fort que je n’entends plus que ça. Transie de peur, je ferme les yeux très fort, comme un enfant se cacherait sous son lit pour ne pas avoir à affronter le croque-mitaine qui se serait invité dans sa chambre, au milieu de la nuit.

Arrête Marion, ressaisis-toi !

Je prends deux grandes inspirations puis, très doucement, je me redresse, le peigne à la main. Alors, la peur au ventre, j’ouvre les yeux et les plonge dans le miroir qui me fait face. Et c’est là que je le vois, debout derrière moi, à peine visible dans l’obscurité.

C’est un vieux monsieur à la silhouette décharnée, avec des sourcils broussailleux et un visage émacié, au faciès tellement particulier que je le reconnais aussitôt : c’est l’homme du portrait. Celui qui trônait dans le salon quand nous avons acheté cette bicoque, avec grand-mère, il y a quelques mois, après la saisie de notre appartement. Le portrait que nous avons relégué au grenier quand nous nous sommes installées ici. « C’est l’ancien propriétaire, décédé il y a plus de vingt ans », nous avait confié l’agent immobilier. Depuis, pour une sombre histoire d’héritage, la maison n’avait pas été habitée.

Et à présent, revenu d’entre les morts, le maître des lieux se tenait là, debout, juste derrière moi, son regard vide et froid planté dans le mien…

9 réactions au sujet de « Marion et le portrait »

  1. Coucou Céline,
    Voilà un très joli texte, très bien écrit et qui procure bien des frissons.
    On ressent bien l’ambiance vieille maison qui craque et qui fait peur, on a pas du tout envie d’y aller
    Bisous

  2. waouh!!! comme à chaque fois, je suis admirative, et Fan absolue de ta plume!! c’est toujours très juste… et tes histoires résonne en moi.. je suis captivée…..que ce soit avec de ‘humour ou de la peur…à chaque fois, moi, j’adhère!!! j’aime vraiment beaucoup te lire!!! apprécie tes mots, choisis; ton univers;tes allusions… bref… je me répéte, mais c’est sincère…. j’attends avec IMPATIENCE ton 1er roman!!! donc..au boulot….. 😉

    1. Ouh là là, ma Gwendo, tu ne peux pas savoir à quel point tes mots me touchent.
      En fait si, tu le sais 🙂 parce que tu sais très bien que nos textes, c’est toujours un petit peu de nous.
      Alors si tu aimes, pour moi, c’est génial ! merci beaucoup, beaucoup…
      Et au fait, tu sais… il est déjà écrit, ce premier roman 🙂 c’est un roman jeunesse (à partir de 9-10 ans) fantastique, avec des histoires de magie, dont j’ai vraiment hâte de pouvoir vous parler. Je termine de peaufiner les derniers détails et il sera prêt à sortir de sa cachette !
      Grosses bises, belle Gwendo ! <3

      1. mais…..c’est FO-MIIIII-DABLEeeee….. bravOOOO… ouii tiens moi au courant, surtout, je ne veut pas louper là!!!! mon petit lou aura 7ans l’été prochain…mais en attendant qu’il en profite, je le lirais pour moi….haa…
        je me sens vraiment chanceuse de te, vous, connaître, les plumes de juin…. je vais de surprises en bonne surprise…et de rires et bonheur…. une belle virtuelleAmitié qui commence…..
        bonne continuation…..
        mouaaaa <3

        1. Merci pour ton soutien, ma Gwendo, tu es une fille en or !!
          Ohhh que oui, tu seras une des premières au courant ! Tu peux compter sur moi.
          Vivement qu’on se voie, pour trinquer enfin, toutes ensemble.
          Bizouxxx

  3. Hello Céline

    J’ai été captivée par ton histoire. Je suis entrée dedans et j’ai même eu un peu peur (je n’aurais pas tenté la douche à cause du froid !!!). C’est extra dommage que ce soit si court ! Il y en a des choses à raconter dans une maison comme celle- ci.
    Hâte d’en savoir plus sur le roman jeunesse, de quoi me donner des idées pour mes petits cousins et petites cousines ! Bravo à toi en tout cas. Quel plaisir de te lire.
    Il est trop chouette ce groupe de plumes !
    Bises

    Delphine

    1. Merci Delphine, c’est très, très gentil !! Je suis contente que ça t’ait plu !
      Ce petit texte ne devrait pas rester sans suite. J’en ferai probablement une nouvelle d’ici quelque temps, parce que l’ambiance m’inspire pas mal.
      Mais avant : on boucle le roman ! Qui s’appelle « Gabriel, la sorcière, et la Poudre-à-tout-faire ».
      Et je suis bien d’accord avec toi : il est très chouette, ce groupe. D’ailleurs, mine de rien, de « Plumes de juin », on en est déjà à « Plumes de novembre ». Comme quoi, il dure… 🙂
      Bises Delphine

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