Exercices de style – de Raymond Queneau

Exercices de style - Raymond Queneau

Éditeur : Gallimard (2007)


Le principe de « Exercices de Style » :

Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au cou long, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu de ruban. Le jeune voyageur échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre.
Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes.

Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.


L’avant lecture :

Je ne connaissais Raymond Queneau que par son fameux « Zazie dans le métro ».
Et j’avoue qu’ils m’avaient bien amusée, ce bouquin et sa petite héroïne si distinguée.
Vous savez, Zazie, c’est la gamine dont l’expression favorite est tout simplement « Mon cul ! » (ah j’avais prévenu qu’elle était classe !) et elle nous la sert, à toutes les sauces, à peu près toutes les trois phrases 🙂
Du coup, avec « Exercices de style », je m’attendais à un livre plutôt rigolo, d’autant que le principe de raconter cette même histoire de 99 façons différentes m’avait séduite.

Au final :

Ahhh ! J’ai vraiment a-do-ré ! (et quand je découpe mes syllabes, c’est que c’est encore mieux que ça).
Il sait vraiment manier la langue française, ce M. Queneau !
Je l’ai beaucoup lu pendant mes trajets maison-boulot, comme c’est souvent le cas pour moi, et même dans le métro, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire pratiquement à chaque page (une fois j’ai même vu un monsieur se contorsionner pour tenter, très discrètement, de voir la couverture du livre, histoire de savoir ce qui était si amusant).
Du coup, c’est très difficile de vous faire une sélection des histoires que j’ai préférées, parce que si je m’écoutais, je mettrais presque tout !

 

Morceaux choisis de « Exercices de style » :

Ça, c’est l’histoire en mode disons presque « neutre » :
Notations

Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus.
Les gens descendent. Le type en question s’irrite
contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.
Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : « Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. » il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi.

Rétrograde

Tu devrais ajouter un bouton à ton pardessus, lui dit son ami. Je le rencontrai au milieu de la cour de Rome, après l’avoir quitté se précipitant avec avidité vers une place assise. Il venait de protester contre la
poussée d’un autre voyageur, qui, disait-il, le bousculait chaque fois qu’il descendait quelqu’un.
Ce jeune homme décharné était porteur d’un chapeau ridicule. Cela se passa sur la plate-forme d’un Scomplet ce midi-là

Composition de mots

Je plate-d’autobus-formais co-foultitudinairement dans un espace-temps lutécio-méridiennal et voisinais avec un longicol tresseautourduchapeauté morveux.
Lequel dit à un quelconquanonyme : « Vous me bousculapparaissez. » Cela éjaculé, se placelibra voracement. Dans une spatiotemporalité postérieure, je le revis qui placesaintlazarait avec un X qui lui disait : tu devrais boutonsupplémenter ton pardessus. Et il pourquexpliquait la chose.

Distinguo

Dans un autobus (qu’il ne faut pas prendre pour un autre obus), je vis (et pas avec mon vit) un personnage (qui ne perd son âge) coiffé d’un feutre mou bleu (et non de foutre blême), feutre cerné d’un fil tressé (et non de tril fessé).
Il disposait (et non dix posait) d’un long cou (et pas d’un loup con). Comme la foule se bousculait (non que la boule se fousculât), un nouveau voyageur (non veau nouillageur) déplaça le susdit (et non suça ledit plat). Cestuy râla (et non cette huître hala), mais voyant une place libre (et non ployant une vache ivre) s’y précipita (et non si près s’y piqua).
Plus tard je l’aperçus (non pas gel à peine su) devant la gare Saint-Lazare (et non là ou l’hagard ceint le hasard) qui parlait avec un copain (il n’écopait pas d’un pralin) au sujet d’un bouton de son manteau (qu’il ne faut pas confondre avec le bout haut de son menton).

Alexandrins

Un jour, dans l’autobus qui porte la lettre S,
Je vis un foutriquet de je ne sais quelle espèce
qui râlait bien qu’autour de son turban
Il y eût de la tresse en place de ruban.
Il râlait ce jeune homme à l’allure insipide,
Au col démesuré, à l’haleine putride,
Parce qu’un citoyen qui paraissait majeur
Le heurtait, disait-il, si quelque voyageur
Se hissait haletant et poursuivi par l’heure
Espérant déjeuner en sa chaste demeure.
Il n’y eut point d’esclandre et le triste quidam
Courut vers une place et s’assit sottement.
Comme je retournais direction rive gauche
De nouveau j’aperçus ce personnage moche
Accompagné d’un zèbre, imbécile dandy,
Qui disait : «ce bouton faut pas le mettre icy.»

Anglicisme
Là, je crois qu’il s’est fait un trip quand même ! 😀  

Un dai vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète nèque et un hatte avec une quainnde de lesse tressés.
Soudainement ce jeugne manne bi-queumze crézé et acquiouse un respectable seur de lui trider sur les toses. Puis il reunna vers un site eunoccupé.
A une lète aoure je le sie egaine; il vouoquait eupe et daoune devant la Ceinte Lazare stécheunne. Un beau lui guivait un advice à propos de beutone.

Loucherbem

Un lourjingue vers lidimège sur la lateformeplic arrière d’un lobustotem, je gaffe un lypètinge avec un long loukem et un lapeauchard entouré d’un lalongif au lieu de lubanrogue. Soudain il se met à lenlèguer son loisinvé parce qu’il lui larchemait sur les miépouilles. Mais pas lavèbre il se trissa vers une lacepème lidévée.
Plus tard je le gaffe devant la laregame Laintsoin Lazarelouille avec un lypetogue dans son lenregome quilui donnait des lonseilcons à propos d’un loutonbé

Antonymique

Minuit. Il pleut. Les autobus passent presque vides. Sur le capot d’un ai du côté de la bastille, un vieillard qui a la tête rentrée dans les épaules et ne porte pas de chapeau remercie une dame placée très loin de
lui parce qu’elle lui caresse les mains. Puis il va se mettre debout sur les genoux d’un monsieur qui occupe toujours sa place.
Deux heures plus tôt, derrière la gare de Lyon, ce vieillard se bouchait les oreilles pour ne pas entendre un clochard qui se refusait à dire qu’il lui fallait descendre d’un cran le bouton inférieur de son caleçon.

Voilà 🙂

Est-ce que je recommanderais ce livre :

Oui oui oui !
Si vous aimez les jeux de mots, les variations, et si vous êtes sensible(s) aux différents styles d’écriture, il y a de grandes chances que ce livre vous plaise.

2 commentaires sur “Exercices de style – de Raymond Queneau

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