Ecriture – de Stephen King

Ecriture – de Stephen King

Ecriture - Stephen King

Éditeur : Albin Michel (2001)


Aujourd’hui, je viens vous parler du livre « Ecriture » de Stephen King.
L’auteur y raconte un peu sa vie, son parcours d’écrivain, avec tout ce que ça implique.
Ses premières histoires, ses premiers écrits, ses (nombreuses) lettres de refus, qu’il accrochait à un clou planté dans le mur.

Vers quatorze ans, et alors que je me rasais deux fois par semaine, que j’en aie besoin ou non, il n’y avait plus assez de place sur mon clou pour toutes les lettres de refus que j’avais empalées dessus. Je remplaçai le clou par un autre, plus long, et continuai d’écrire

Classe 🙂 ça, c’est de la motivation.

Il y parle également de ses addictions à l’alcool et à la drogue.

A la fin de mes aventures, je descendais un pack de 3 litres par soirée, et il y a un roman, Cujo, que je me rappelle à peine avoir écrit.

Au cours du printemps et de l’été 1986, j’ai écrit les Tommyknockers, travaillant souvent jusqu’à minuit passé, le cœur battant à cent trente, des boulettes de coton enfoncées dans les narines pour étancher les saignements provoqués par la coke.

Mais surtout, Stephen King y donne des conseils d’écriture.
Avant tout, « Lisez beaucoup, écrivez beaucoup. » Où qu’il aille, il emporte toujours un livre avec lui, et dit :

Si je dois passer un certain temps au purgatoire avant d’aller ailleurs, je crois que je m’en sortirai bien pourvu qu’il y ait une bibliothèque de prêt (et qu’elle ne soit pas constituée de livres de Danielle Steel et de romans de gare, ha ! ha ! tu peux parler, Steve !)

😀

Selon lui, toutes les lectures seraient instructives, mais les « mauvaises » le seraient particulièrement. Comme toujours, l’auteur ne manque pas d’humour :

(…) Leinster était tombé amoureux du terme zestful (plein d’enthousiasme). Les héros arboraient des sourires zestful en voyant approcher un astéroïde prometteur. Ils s’installaient pour le dîner, à bord de leur vaisseau minier, avec une zestful impatience. Vers la fin du récit, le héros prenait l’héroïne, grande blonde à la poitrine opulente, dans une étreinte zestful. Pour moi, ce fut l’équivalent littéraire de la vaccination contre la variole : je n’ai jamais, pour autant que je sache, utilisé ce terme dans l’un de mes romans ou nouvelles. Et, si Dieu le veut, je ne l’utiliserai jamais.

Il donne aussi des conseils plus techniques, comme « Vous devriez éviter la voix passive » et « L’adverbe n’est pas un ami ».

Certains écrivains tentent de contourner la règle pas-d’adverbe en shootant le verbe déclaratif aux stéroïdes anabolisants. Le résultat est bien connu de tous les lecteurs de littérature de gare : « Pose ce revolver, Utterson » grinça Jekyll / « Continue de m’embrasser » hoqueta Shayna / « Espèce de sale allumeuse » éructa Bill. N’écrivez pas comme ça… S’il vous plait ! (…)

Bref, vous avez compris le propos de ce livre, qui peut, je crois, nous éviter certaines erreurs pourtant basiques lorsqu’on écrit.
Pour terminer, je vous recopie ici un exercice que Stephen King propose à ses lecteurs, pour démontrer que selon lui, si tout écrit a besoin d’une « histoire », il n’a pas pour autant besoin d’une « intrigue ».
J’ai trouvé pour ma part l’exercice instructif et plutôt libérateur (je vous mets en bas de page les quelques lignes que l’exercice m’a inspirées).


L’exercice d’écriture de Stephen King

attention, pavé en vue 🙂 :

Ce livre ne se veut pas un manuel et vous n’y trouverez donc pas beaucoup d’exercices, mais j’aimerais vous en proposer un à présent, au cas où vous auriez l’impression que tout ce que je viens de dire, sur la situation qui doit l’emporter sur l’intrigue, n’est que brumeuse élucubration.

Je vais vous montrer l’emplacement d’un fossile. Votre travail consistera à écrire cinq ou six pages, sans partir d’une intrigue préalable, à propos de ce fossile. Vous allez vous mettre à fouiller le site, pour le dire autrement, et voir ce que vous exhumez. Je crois que vous risquez d’être très surpris et ravis par le résultat. Prêts ? On y va.

Les éléments de base de l’histoire qui suit sont connus de tous ; avec ses nombreuses petites variantes, elle semble figurer une semaine sur deux, en moyenne, dans la rubrique faits divers des quotidiens de toutes les grandes villes.

Une femme – appelons-la Jane – épouse un homme intelligent, plein d’humour et débordant de magnétisme sexuel. Nous l’appellerons Dick ; c’est le prénom le plus freudien qui soit4. Malheureusement, Dick a sa part d’ombre. Il a du mal à contrôler son mauvais caractère, et il est peut-être même paranoïaque (vous le découvrirez à la manière dont il parle et se comporte). Jane déploie les plus grands efforts pour supporter les défauts de Dick et réussit à ce que leur couple tienne bon (pourquoi cela est-il aussi important pour elle, c’est aussi quelque chose que vous trouverez ; elle montera sur scène pour vous le dire).

Le couple a un enfant et, pendant un temps, les choses semblent mieux se passer. Puis, alors que la petite fille a environ trois ans, les mauvais traitements et les crises de jalousie recommencent. Mauvais traitements verbaux, tout d’abord, puis physiques. Dick est convaincu que Jane couche avec quelqu’un, peut-être un collègue de bureau. Est-ce une personne en particulier ? Je ne le sais pas et ça m’est égal. Dick finira par dire qui il soupçonne. S’il le fait, nous le saurons tous les deux, n’est-ce pas ?

Finalement, la pauvre Jane n’en peut plus. Elle divorce et obtient la garde de leur fille, la petite Nell. Dick se met à la harceler. Jane réagit en obtenant de la cour une interdiction pour Dick de l’approcher, document à peu près aussi utile qu’un parasol pendant un ouragan, comme vous le diraient nombre de femmes battues. Pour terminer, après un incident que vous décrirez de manière vivante et effrayante (il la bat en public, par exemple), cet abruti de Dick est arrêté et jeté en prison.

Tout ce que je viens de décrire est en réalité le fond du décor. Ce que vous en faites et la manière dont vous le faites ne dépendent que de vous. Ce n’est nullement la situation. La situation est ce qui vient maintenant.

Un jour, peu après l’incarcération de Dick dans la prison de la ville, Jane récupère la petite Nell à la garderie et va la déposer chez une amie où l’on fête un anniversaire. Puis Jane rentre chez elle, contente d’avoir deux ou trois heures de tranquillité devant elle. Peut-être vais-je faire une petite sieste, se dit-elle. Elle habite une maison, en dépit du fait qu’elle est seule et jeune employée, car la situation l’exige plus ou moins.

Comment est-elle installée dans une maison et pourquoi dispose-t-elle d’un après-midi libre, autant de détails que l’histoire vous dira et qui paraîtront parfaitement cohérents si vous les justifiez par de bonnes raisons (la maison appartient à ses parents, ou bien elle est chargée de la garder ; il existe des tas de possibilités). Une chose l’alerte, mais d’une manière pas tout à fait consciente ; quand elle pousse la porte, elle se sent soudain mal à l’aise. Elle n’arrive pas à dire pourquoi et suppose que c’est simplement de la nervosité, une conséquence des cinq années passées en compagnie de mister Charmant Caractère. De quoi d’autre pourrait-il s’agir, d’ailleurs ? Dick est derrière les barreaux, non ? Avant d’aller faire sa sieste, Jane décide de se préparer une infusion et de regarder les informations (pourrez-vous utiliser, plus tard, la bouilloire qui siffle sur le gaz ? À vous de voir).

La principale information, au bulletin de quinze heures, est sensationnelle : le matin même, trois hommes se sont évadés de la prison municipale, tuant un gardien au passage. Deux des trois hommes ont été repris, le troisième est toujours en fuite. On ne donne pas le nom des évadés (pas dans ce bulletin, en tout cas), mais Jane, dans sa maison vide (fait que vous aurez maintenant expliqué de manière plausible), sait, sans l’ombre d’un doute, que l’un d’eux était Dick. Elle le sait parce qu’elle a finalement identifié la raison de son pressentiment lorsqu’elle est entrée chez elle. C’était l’odeur, légère et en train de disparaître, d’un produit capillaire, un tonique du nom de Vitalis. Le tonique de Dick. Jane reste immobile dans son fauteuil, les muscles paralysés de terreur, incapable de se lever.

Et tandis qu’elle entend les pas de Dick dans l’escalier, elle se dit : Il n’y a que Dick pour arriver à se procurer du Vitalis, même en prison… Elle doit se lever, elle doit courir, mais elle n’arrive pas à bouger…

Pas mal, non ? C’est ce que je pense. Pourtant, c’est une histoire qui n’a rien d’unique. Comme je l’ai déjà fait remarquer,BATTUE (OU ASSASSINÉE) PAR UN EX-MARI JALOUX est un titre qui fait la manchette des journaux presque toutes les semaines. C’est triste, mais vrai.

Ce que je vous demande, dans cet exercice, c’est de changer le sexe des protagonistes avant d’attaquer votre travail sur la situation ; faites de la femme la harceleuse, en d’autres termes (peut-être se sera-t-elle échappée d’un hôpital psychiatrique, et non d’une prison), et du mari la victime.

Rédigez sans élaborer d’intrigue ; laissez la situation et cette inversion inattendue des rôles vous porter.

Je vous prédis que ça coulera comme de source… si, bien sûr, vous êtes honnête dans la façon de faire parler et se comporter vos personnages.

L’honnêteté, quand on raconte une histoire, compense bien des fautes de style, comme en témoignent les œuvres au style rigide d’auteurs comme Theodore Dreiser ou Ayn Rand ; mentir est en revanche la grande faute impardonnable. Les menteurs prospèrent, ce n’est que trop vrai, mais seulement dans le grand mouvement des choses, jamais dans les jungles de la composition et de ses dures réalités où vous devez tendre vers votre objectif, un mot après l’autre.

Si vous commencez à mentir sur ce que vous savez et ressentez quand vous êtes là en bas, tout s’écroule.

Et voilà 🙂 c’est plutôt sympa !
Si vous faites l’exercice et que vous avez envie de partager, faites-moi signe 🙂
Pour les curieux, ci-dessous, mes quelques lignes.
Et pour ceux qui prépareraient déjà leur lance-pierre, je rappelle que ce n’est qu’un exercice, et que ces lignes ne se prétendent ni parfaites ni bien écrites 😉 Mais c’était agréable de se laisser porter par les personnages sans avoir de but précis.
Je partage donc, pour le fun


Je déverrouillai la porte d’entrée et pénétrai chez moi.
Je déposai ma sacoche et m’apprêtais à retirer mes chaussures lorsqu’une étrange sensation me saisit, comme un fourmillement au creux du ventre.
Quelque chose clochait. Je pouvais le sentir, mais je ne parvenais pas à trouver quoi.
J’observai la pièce autour de moi. Elle était exactement dans le même état que ce matin, rien n’avait bougé.
Pourtant, il y avait bien un truc. Intangible, impalpable, mais c’était là.
Malgré la chaleur qui régnait en ce mois de juillet, un frisson glacé me parcourut l’échine.
Je secouai la tête et me dis à voix haute, comme pour me rassurer :
— Tu te fais des idées. Il ne se passe strictement rien. Et en plus, tout est à sa place. Reprends-toi, Thom.
Même ma propre voix sonnait bizarrement à mes oreilles.
Je laissai tomber mes clés sur une chaise et j’allumai la télévision pour meubler le silence.
Un bandeau rouge occupait le bas de l’écran, un texte défilait. Informations – Flash Spécial.
Un sentiment de malaise me gagna. J’augmentai le volume.
— … de son absence lors de l’appel de l’après-midi. La jeune femme, âgée de 34 ans, a les cheveux blonds coupés court et portait vraisemblablement un pyjama bleu ciel juste avant sa disparition. Voici une photographie, prise quelques années avant son internement à l’hôpital H.G. Si vous croisez cette jeune femme ou toute personne pouvant correspondre à son signalement, mettez-vous immédiatement à l’abri et contactez au plus vite le numéro vert qui s’affiche actuellement en bas de votre écran.
Le cœur battant, je pointai la télécommande vers le poste et je coupai le son.
C’était elle. Elle s’était échappée.
Et à l’heure actuelle, elle pouvait être n’importe où. Il fallait que je prévienne ma mère.
Je tendais le bras pour attraper mon téléphone lorsque j’entendis craquer le parquet derrière moi. Je me retournai d’un bloc.
Laura était là, devant moi.
Elle était pâle, ses yeux cernés.
La maigreur de son visage me frappa. Mais son sourire cruel et son regard vitreux étaient les mêmes.
Elle me fixait, d’un air étrange.
— Content de me voir ?
Je jetai un coup d’œil vers la porte pour évaluer la distance. Si j’étais assez rapide, je devais pouvoir l’atteindre.
— N’y pense même pas, fit-elle.
Mais m’enfuir était ma seule chance.
Je me levai d’un bond et me jetai en avant mais un violent coup à la tempe m’arrêta.
Je perdis connaissance.
A mon réveil, j’étais étendu sur le sofa, torse nu, le crâne douloureux. Je n’aurais pu dire pendant combien de temps j’étais resté inconscient. La lumière du crépuscule filtrait à travers le voilage.
Je tournai la tête. Laura était assise sur une chaise, près de moi. Elle semblait étonnamment calme.
Dans sa main, un grand verre de whisky. Sec.
Vu les effets que produisait le mélange d’alcool fort avec les médicaments qui lui étaient prescrits, les ennuis ne tarderaient pas.
— Dis-moi où est Charlotte, dit-elle.
Son ton était froid, presque distant.
Charlotte, notre fille de quatre ans, se trouvait chez sa grand-mère.
Elle devait y rester jusqu’à mon retour de mon week-end entre hommes, dimanche soir. Camping sauvage, pêche et barbecues étaient au programme.
Je voulus parler mais ma voix se coinça dans ma gorge. J’avais la bouche pâteuse et ma langue semblait avoir doublé de volume. J’avais l’impression d’avoir été drogué.
— Où est Charlotte, répéta-t-elle un peu plus fort.
Je réfléchis aussi vite que mon cerveau embrumé me le permettait, tentant de trouver un mensonge acceptable.
— Elle passe la nuit chez Lucie, sa camarade de classe. La maman doit les emmener dans un parc aquatique demain.
Laura me dévisagea sans répondre pendant quelques secondes, puis elle vida son verre d’un trait.
Puis elle le reposa sèchement sur la table basse et se leva, en titubant un peu.
— Et tu penses que je vais croire ça ?! Tu me prends pour une idiote ?
Sans prévenir, elle leva la main et me gifla. Le coup était puissant, sans retenue. Mon oreille gauche se mit à siffler.
En voulant frotter ma joue brûlante, je pris soudain conscience que mes mains étaient attachées.
Je tentai de me dégager mais les liens étaient solidement noués.
Laura était fille de marin. Les nœuds, c’était son domaine. Et je savais que plus je tirerais, plus ils se resserreraient.
— Laura, détache-moi !
— C’est ça, dans tes rêves ! cracha-t-elle, en déambulant dans la pièce d’une démarche mal assurée.
À l’époque où nous étions en couple, j’avais déjà assisté, à de trop nombreuses reprises, à ses fameuses crises de violence, qui lui avaient finalement valu son internement psychiatrique.
Mais cette fois, c’était plus grave.
Elle semblait très instable, et je sentais qu’elle risquait de basculer dans la folie pure d’un instant à l’autre.
Et si tel était le cas, elle deviendrait incontrôlable.
— Je t’en prie, Laura, il faut que tu te calmes. Tu sais que le juge a délivré une ordonnance contre toi et que tu n’as plus le droit d’approcher à moins de 500 mètres de Charlotte ou de moi.
— Le juge ? répéta-t-elle.
— Le juge, oui, le Juge Bermann.
— Ah…
Elle me regardait, pensive, en tripotant une mèche de ses cheveux.
— Comment ça, tu ne te rappelles pas ?
Elle esquissa une petite moue.
— Non, pas vraiment. Mais quelle importance ?
À ces mots, elle s’avança lentement, ses yeux rivés aux miens.
L’expression de son regard était indéchiffrable.
Elle se pencha alors vers moi. Son visage était si proche que je pouvais sentir son souffle chaud et rapide contre ma peau.
— Tu veux dire que je n’ai pas le droit d’être là ??
Sa voix se modifiait, prenant des intonations enfantines de plus en plus inquiétantes.
Elle posa sa main gauche sur mon torse et de son index, elle commença à me caresser, dessinant des arabesques lascives sur ma poitrine.
Je secouai la tête.
—Laura, arrête maintenant ! Tu ne devrais pas être là.
Mes mots semblèrent atteindre leur cible.
Elle cligna des yeux plusieurs fois, comme si son cerveau cherchait à démêler des informations contradictoires, puis elle me fixa de nouveau.
Son regard était sombre et ses pupilles dilatées.
— Et je suppose que je n’ai pas non plus le droit de faire ça ?
Elle s’inclina encore et posa ses lèvres rouges sur les miennes.
Je détournai la tête mais elle attrapa ma figure de ses deux mains, pendant que sa langue tentait de se frayer un passage, de force, jusqu’à l’intérieur de ma bouche.
Son haleine était fétide.
Je continuai de me débattre avec force jusqu’à ce qu’elle lâche enfin prise. Tout mon visage était poisseux de salive.
La nausée m’envahit.
Elle s’essuya doucement du revers de la main. Son rouge à lèvres, couleur cerise, s’étalait à présent tout autour de sa bouche.
— Tu crois que c’est toi qui dictes les règles, hein ? Thomas a dit, Thomas a décidé. On va faire ceci, tu ne dois pas dire cela.
Elle parlait de plus en plus fort.
— Mais aujourd’hui, tu sais quoi ? Eh bien, j’ai tous les droits !
Sa voix tremblait. Elle perdait pied, petit à petit, elle était maintenant proche de l’hystérie.
— Laura, écoute-moi. Tu sais que tu ne devrais pas être là. Alors je te demande de me détacher et de partir.
— C’est ça, voilà ! ricana-t-elle, d’une voix trop aiguë. Laura n’a pas le droit. Laura n’a jamais le droit.
Elle attrapa un objet sur la table. Je vis scintiller le reflet d’une lame.
Elle s’assit près de moi et plaqua le couteau contre ma gorge.
— Qui es-tu pour décider de ce que j’ai le droit de faire ?
Sa voix était maintenant grave et saccadée.
— Tu m’as déjà fait enfermer. Et maintenant, tu voudrais m’empêcher de voir ma fille ?
La pression de la lame s’accentua.
— Écoute, détache-moi, et je t’emmènerai la voir. On ira la voir tous les deux.
Elle renversa la tête en arrière, et éclata d’un rire malsain.
— Mais oui, bien sûr ! Et ça, ce sera avant ou après m’avoir emmenée chez les flics ? Tu vas me dire où elle est.
— Je ne peux pas, Laura.
À cet instant, une explosion retentit dans la rue. C’était la fête nationale et des gamins lançaient des pétards.
Surprise par la détonation, Laura tourna la tête en direction du bruit.
Profitant de cette seconde d’inattention, je me jetai sur elle, tentant de la faire basculer en arrière.
Mais mes liens se resserrèrent brutalement, entravant mes mouvements.
Laura se leva d’un bond.
— Tu viens de faire une très grosse erreur. Je vais te le demander une dernière fois : où est ma fille ?
— Je ne peux pas te laisser lui faire du mal, tu n’en as pas le droit.
— Ah oui, c’est vrai, pas le droit…
Elle se mit soudain à crier :
— Et ça, j’ai le droit ?!
Le regard fou, elle brandit le couteau au-dessus de sa tête et, impitoyable, elle plongea la lame d’acier dans mon ventre.
*
**
Je me réveillai en sursaut, le corps baigné de sueur.
Dehors, le jour tombait. La télévision diffusait toujours son flash spécial.
J’étais seul dans la pièce.
Je me levai, pris une bouteille d’eau dans le frigo et bus quelques longues gorgées.
Puis j’attrapai un reste de sandwich et retournai vers le canapé.
En passant près du miroir, je jetai un coup œil à mon reflet. Autour de ma bouche s’étalaient des traces de rouge à lèvres.
Un rouge à lèvres couleur cerise.
FIN
🙂

8 réactions au sujet de « Ecriture – de Stephen King »

  1. J’ai été prise par tes écrits ! Tu as réussi l’exercice d’écriture proposé par « Stephen », chapeau bas !
    Si, il te vient l’envie de poursuivre ce début d’histoire je veux bien être dans les premières à le lire !
    Bonne continuation !

  2. Oh, pas mal du tout, ton exercice ! Un peu glaçant et je trouve que tu écris bien.
    La fin, en particulier, est stressante à souhaits :O.

    Concernant les conseils d’écriture de SK, je suis plus mitigée, pour ma part. Déjà, je ne suis pas fan du personnage en lui-même, que je trouve quand même très fat et égocentrique (enfin, du moins, c’est l’impression qu’il me donne à travers ses interviews, préfaces, etc.).

    Ce qui me laisse le plus perplexe, c’est son conseil au sujet des verbes déclaratifs dopés aux anabolisants. J’ai vérifié dans un de ses romans que j’avais sous la main (Brume, pour ne pas le nommer) et j’y ai trouvé beaucoup de dialogues présentant le défaut qu’il dénonce (sanglota une-t-elle, répondit truc-muche, s’énerva pouët-pouët). Du coup, est-ce qu’il part du principe « faites ce que je dis, pas ce que je fais » ou bien son idée est-elle qu’il ne faut pas en mettre plus de trois ou quatre à la suite ? À moins qu’il n’ait été « trahi » par la traduction ? Je serais intéressée d’avoir ton avis là-dessus^^.

    1. Haha oui je me suis presque fait peur à moi-même 😉 Merci beaucoup pour ton avis.
      Ahhhh la fameuse question de la traduction des romans de King. J’en parlais avec un ami il y a quelques jours, et franchement, on se demande… Le problème c’est que je n’ai jamais tenté la lecture d’un de ses livres en V.O. Ce serait le meilleur moyen de savoir.
      Mais bon à un moment, si on se pose tous la question, c’est qu’il doit y avoir un truc !
      C’est intéressant ce que tu dis sur « Brume » (que je n’ai pas lu). Alors oui, en effet, soit la traduction (et re !), soit… Ceci dit, il explique qu’il se reprend lui-même, notamment sur l’utilisation « abusive » des adverbes : il les écrit quand même puis il dégage tous ceux qu’il peut au moment de la réécriture 🙂
      Et comme tu dis, c’est peut-être plutôt une question de « dosage », pas toutes les deux lignes quoi… mais là, ce n’est que mon interprétation !

      1. En fait je trouve que les adverbes ne sont pas toujours dérangeants, suivant la plume de l’auteur(e). C’est sûr que si on en met trois par phrase, c’est lourd, quelque soit la manière dont on écrit, mais j’ai remarqué que certains auteurs (comme Dumas, par exemple) en employaient beaucoup sans que ça me dérange^^.
        Je passe mon tour pour lire King en VO ; je me débrouille assez en anglais pour lire certains romans jeunesse, mais je pense que là, j’abandonnerais au bout de dix pages :p.

  3. Ah la la! Ton texte est super bien écrit. J’étais pressé de connaître la fin. Et je n’ai pas été déçue. Dans les thrilers, c’est souvent la fin qui cloche mais là rien à dire.
    J’ai hâte de le lire.
    Merci pour cette chronique.

    1. Ahhh c’est gentil, merci beaucoup Lily Rause !!
      L’exercice de Mister King m’avait pas mal inspirée !
      Je vais poster, d’ici quelques jours, un petit texte d’Halloween… tu me donneras ton avis 😉

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